Note du Mardi – Hamilton et la menace de l’équilibre

Note du mardiLes champions du monde ne sont pas des enfants de cœur. Alain Prost, Ayrton Senna, Michael Schumacher ont une histoire faite de coup bas. Lewis Hamilton, à Abu Dhabi, est entré dans cette liste en ne respectant pas les ordres de son équipe. On parle de dissolution de son contrat avant 2018.

L’intervention de Paddy Lowe en direct pendant la course, contre la stratégie personnelle de Lewis Hamilton, est la conséquence de la réaction des maîtres de Brackley. Toto Wolff a lâché le mot « anarchie » hier. Les conséquences peuvent être importantes. L’implication de Mercedes-Benz dépendant beaucoup de son image de marque, le titre de Rosberg en 2016 avait été soigneusement évalué en interne. Sauf qu’aujourd’hui, ce titre historique (le deuxième d’un fils de champion du monde dans l’histoire de la Formule 1, après Damon Hill en 1996 et le premier d’un pilote allemand au volant d’une voiture allemande), est troublé par le scandale Hamilton à Abu Dhabi.

En Juillet, suite au triste Grand Prix d’Autriche, Wolff avait été ferme en convoquant ses pilotes et précisant qu’il n’aurait pas peur de suspendre ou de révoquer les contrats, si l’un et l’autre ne suivait pas les directives de l’équipe. A ce discours, maintenant les faits.

Sauf que le patron autrichien est tiraillé, entre respect et les résultats. En 2016 il est champion du monde pour la troisième fois de suite, pilote comme constructeur.  Depuis 2014, Mercedes AMG F1 a remporté 51 courses sur 59. Mais d’un autre côté, il se rend compte qu’Hamilton n’avait qu’une seule chance de remporter le titre en 2016 et il a tenté, contre le respect des valeurs de l’entreprise qu’il représente. Bref un précédent a été établi et la promesse que de nouvelles règles dans l’équipe seront mises en place l’an prochain.

Si dans l’éventualité d’une séparation entre Hamilton et Mercedes AMG F1 se profile, deux scénarios peuvent être envisagés :

2010, la solution Ferrari

En 2008 à Monza, Luca di Montezemolo annonce qu’il prolonge d’une saison le contrat de Kimi Raikkonen. Une année plus tard, le champion du monde 2007 (et dernier champion du monde en titre de la Scuderia) sera remercié au profit de Fernando Alonso. Raikkonen sera payé par Ferrari pour la saison 2010 un total de 45 millions d’euros (28 millions de salaire et 17 millions de prime pour ne pas courir pour une autre équipe). Une clause indiquait aussi un retrait de 18 mois, ce qui expliquera le retour en 2012 du finlandais chez Lotus.

Lewis Hamilton a signé un contrat avec Mercedes AMG F1 jusqu’en 2018, mais comme le précédent contrat, la dernière saison dépend d’une clause qui est systématiquement dans les contrats d’Hamilton depuis qu’il est en Formule 1 : Une clause indiquant que si il n’est pas champion du monde la deuxième année de son contrat, il pourrait partir de l’équipe. Ce qui signifie que si 2017 ne lui permet pas d’obtenir un nouveau titre, Lewis Hamilton pourra négocier avec une autre équipe, mais également à Mercedes de procéder de la même façon que Ferrari avec Kimi Raikkonen.

1991, la décision radicale

Le seul précédent d’un licenciement remonte à 1991. Alain Prost ne termine pas la saison après avoir comparé sa Ferrari à « un camion ». Le futur quadruple champion du monde français sera mis à pied pour la saison 1992, en étant toujours payé 12 millions de dollars par la Scuderia Ferrari.

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GP Abu Dhabi 2016 – Paddock Confidences

Abu Dhabi 2016

Wehrlein et Sauber 
Alors que les réseaux bien informés confirment la signature pour 2017 de Pascal Wehrlein chez Sauber, Mercedes AMG F1 a démenti toute implication et tout contrat signé avec l’équipe helvétique. La réalité est que tout ceci est un jeu médiatique. Le pilote allemand souhaite montrer sa valeur de pilote (non payant), tandis que Sauber n’a plus Felipe Nasr et l’argent de Banco do Brasil en garanti pour l’an prochain. Mais rien n’est signé. Jeux de dupe.

Un retour d’Hamilton chez McLaren ?
Zak Brown débute sa tournée médiatique en indiquant que l’ambition de McLaren est de redevenir la grande équipe qu’elle a été par le passé. Cela passe donc aussi par le retour de Lewis Hamilton à l’horizon 2018/2019 ? ne jamais dire jamais.

L’histoire des départs arrêtés après voiture de sécurité
Bernie Ecclestone a indiqué que les équipes étaient d’accord pour procéder à un départ arrêté après l’intervention de la voiture de sécurité. Notons que cette proposition d’Ecclestone avait été refusé par ces mêmes équipes en 2014.

Alonso et l’avenir
Sous contrat avec McLaren jusqu’à fin 2017, Fernando Alonso a laissé entendre qu’il continuerait en Formule 1 jusqu’à obtenir son 3ème titre de champion du monde, pour ensuite s’attaquer aux 24h du Mans.

L’avenir de Manor 
Stephen Fitzpatrick discute actuellement avec des investisseurs pour une reprise de Manor GP. La difficulté majeure est que les pourparlers avaient débutés alors que l’équipe anglaise était 10ème du classement. Désormais, ce n’est plus le cas et les discussions avec le nouvel investisseur doivent ajouter 30 millions d’euros (minium) à la participation du budget 2017 de l’équipe en plus du prix d’achat. Nous estimons que Fitzpatrick gardera 10 ou 20% du capital.

Michelin en observation
Le directeur compétition du manufacturier français, Pascal Couasnon, a confirmé l’intérêt de Michelin pour la Formule 1, mais encore une fois dans les conditions de concurrence avec Pirelli et non comme fournisseur unique. Les équipes sont d’accord (elles l’étaient en 2014), mais Bernie Ecclestone de son côté ne l’était pas.

Liberty Media et Warren Buffet
Le groupe média s’active pour la prise de contrôle de la Formule 1. Actionnaire à hauteur de 4,6% dans Liberty, le milliardaire Warren Buttet a été sollicité par John Malone pour permettre à son groupe de devenir majoritaire avant le 30 Juin 2017 (date d’expiration de l’option de rachat). Si à cette date, Liberty n’a pas activé l’option d’achat majoritaire, il conservera ses 18,7% et restera minoritaire.

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Ingénieurs : La fin d’une époque


Champion Magazine #2 Tomorrownewsf1 Pacific 1994 F1 Bertrand Gachot

Le dernier numéro de Champion Magazine (actuellement en kiosque) propose une intéressante interview de Bertrand Gachot. L’ex pilote révèle que son Onyx-Moneytron était une dérivée de McLaren dessinée à l’époque par Alain Jenkins, pour préciser plus loin dans l’interview que la Pacific de 1994 avait été dessinée par Rory Byrne pour le compte de Reynard.

Durant vingt ans, cette tendance a permis aux ingénieurs de justifier leur valeur et à la Formule 1 de se développer. De la fin des années 70 à la fin des années 90, des voitures ont été conçues et mise en plan de cette façon.

1978, Arrows est créée à la suite d’un schisme au sein de l’écurie Shadow. Le concepteur, Tony Southgate et l’ancien directeur sportif de l’équipe américaine Alan Rees s’associe à l’ancien pilote de l’équipe, Jackie Oliver. La FA1 est conçue rapidement. Trop rapidement même au point d’être une copie de la Shadow DN9 prévue pour 1978. C’est le premier cas historique de ce genre. Toutefois, si vous regarder la Williams FW06, elle ressemble beaucoup à la Wolf WR1 de 1977.

Beaucoup de monoplace de milieu de tableau ont été ensuite dessinée de cette façon, via le transfert des ingénieurs. En 1991, la première Ferrari de Steve Nichols, la 643 ressemble furieusement à la McLaren MP4/6 de la même année (mais comme pour la McLaren MP4/4 et la Brabham BT55 c’est une coïncidence dira t’on). En 1991, c’est la révolution chez Benetton qui aura des conséquences importantes pour la suite. Pat Symonds et Rory Byrne quitte l’équipe, tandis que John Barnard s’installe avec le concours de Flavio Briatore pour concevoir une nouvelle voiture.

Tandis que Barnard créait la B191, Byrne dessinait une version plus extrême pour le compte du constructeur Reynard afin de participer au championnat du monde de Formule 1 en 1992 (hésitant avec l’Indycar, qu’il choisira finalement). L’histoire retiendra que la Ferrari 412 T1 est une évolution de la B191, tandis que la Reynard (qui deviendra Pacific PF01 en 1994) deviendra la B192.

Au crépuscule des années 90, Arrows deviendra l’ultime avatar d’une période qui s’annonce révolue. En 1997, Frank Dernie présente une A18 qui devait être son interprétation de la Ligier de 1997, puis en 1998, John Barnard présenta l’Arrows A19 qui était une interprétation ultime de sa dernière réalisation chez Ferrari (la 310B de 1997), enfin en 2000, le modèle A21 d’Eghbal Hamidy était l’évolution ultime de la Stewart SF03 de 1999.

Alan Jenkins, le spécialiste

Suite à son départ de McLaren courant 1988, Jenkins avait participé aux débuts du développement de la McLaren MP4/5 propulsée par le V10 Honda. L’Onyx sera son interprétation (amélioration) du concept. En 1997, lorsque Stewart Racing se lance en Formule 1, Jenkins propose un concept qui ressemble beaucoup à sa précédente réalisation de chez Arrows (dont le design remonte à 1994). Idem lors de son ultime passage chez Prost GP en 2000. L’AP03 étant une évolution de la Stewart SF03 de 1999. La particularité de Jenkins en regardant ses réalisations post McLaren et qu’il c’est inspiré des monoplaces ayant marché (voir l’Arrows FA13 qui ressemble beaucoup à la Jordan J191) l’année précédente et lorsqu’il quitte une équipe c’est pour adapter un design développé dans une autre équipe.

Cette époque est révolue. Les ingénieurs apportent désormais leurs idées d’organisations, mais améliorent les concepts déjà existant, avant de faire évoluer les designs pour tendre vers un dessin similaire à ce qui se fait de mieux en haut de la ligne de départ. Le dernier exemple en date ? l’affaire Lotus – Force India de 2010. Un dernier souffle.

Champion Magazine #2

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McLaren : le projet avorté qui pourrait renaître de ses cendres

Mclaren LogoSeptembre 2007, Ron Dennis, la main gauche sur sa hanche, fixe Max Mosley devant son motor home pour une poignée de main de la honte. Le Spygate se concluait avec une amende de 50 millions de dollars, qui sera payée intégralement par Mercedes-Benz à l’époque. Le déficit d’image était telle que le titre de Lewis Hamilton l’année suivante, n’avait pas suffi à effacer l’humiliation. A Woking, sentant le vent tourner, une nouvelle stratégie c’est mise en place et sera l’objet d’une guerre qui aboutie aujourd’hui au retrait de Ron Dennis.

Lorsque l’établissement financier Bahrain Mumtalakat Holding Company entre à hauteur de 30% dans le capital de McLaren, l’anticipation du retrait de Mercedes-Benz perçait dans l’obscurité. Le constructeur allemand disposait de 40% et sa valeur estimée autour de 500 millions d’euros. Conclure avec un solide établissement financier était la seule solution. Bahrein avait accepté des actions vraisemblablement sans droits de votes, pour limiter le coût financier afin de préparer la partie suivante du scénario.  En 2010, Bahrein va prêter 125 millions à Mansour Ojjeh et Ron Dennis et acheter chacun 10% de capital supplémentaire, pour monter à 25%. McLaren à cette époque avait une valeur de 1,2 milliards d’euros.

L’argent prenant le pas sur l’aspect sportif, McLaren sous la direction de Martin Whitmarsh va doucement dériver, tandis que Ron Dennis, exclu pendant 5 ans des paddocks va construire McLaren Automotive et permettre une diversification heureuse du groupe TAG McLaren.

En coulisse deux plans se construisent. La répartition du capital est de 50% pour Mumtalakat , TAG et Ron Dennis héritant de 25% chacun. Mais en matière de droits de votes (donc de décision exécutive dans l’entreprise), c’est Ron Dennis qui dispose de 58% devant Mansour Ojjeh 28% et l’établissement de Bahrein avec 14%. Un jeu de dupe va se mettre en place.

Le premier projet inspiré par Mansour Ojjeh et Martin Whitmarsh s’inspire de l’avenir. L’ambition secrète était une introduction en bourse sur le modèle Williams. A l’époque on estimait McLaren à 2 milliards d’euros, ce qui permettait à TAG de rembourser l’emprunt auprès de Mumtalakat et d’augmenter la valeur de sa participation. L’introduction en bourse était d’autant plus tentant que les actionnaires entre McLaren Group Ltd et McLaren Automotive Ltd sont quasiment les mêmes, donc les possibilités sont importantes.

En coulisse, Whitmarsh tente de séduire dès 2011 le constructeur Honda pour un retour à l’horizon 2014. Toutefois, l’anglais va échouer dans sa tentative de prolonger Lewis Hamilton courant 2012. Idem concernant le sponsoring, la tentative d’un sponsoring avec le fond souverain de Libye contre 25 millions d’euros la première année et 40 millions, s’inspirait fortement du programme Williams/Baugur Group, et elle était la suite logique de l’évolution du groupe pour garantir son avenir. Était donc.

Cette idée n’aboutira jamais. Alors que Whitmarsh négociait avec Honda un moteur et une participation au budget de McLaren, Ron Dennis étudiait l’idée de construire son propre moteur 4cyl 1,6L turbo (projet initial de l’unité moteur d’aujourd’hui) à l’horizon 2013. Ses démarches allant jusqu’à trouver un partenaire équivalent à celui de TAG à l’époque du programme Porsche des années 80. Bahrain Mumtalakat Holding Company était la compagnie toute trouvée. Ce sera le début de la rupture et le début de la fin pour Ron Dennis, qui amorçait son retour aux affaires fin 2013, grâce à un pacte d’actionnaires dont il n’a pas respecté l’échéance.

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Note du Mardi – La différence de statut n’est plus sportive, mais économique

Note du mardiL’aveu fait mal, mais il est une réalité. Un constructeur privé ne peut plus devenir champion du monde de Formule 1. Claire Williams a raison lorsqu’elle le dit, mais la définition d’un constructeur privé a également beaucoup évoluer depuis 30 ans.

Claire Williams indiquait qu’il y a deux décennies (bizarrement lors du dernier titre de champion du monde de Williams), c’était aussi difficile, mais il était possible de gagner contre des équipes ayant un budget plus important. Cette approche financière de la définition d’une équipe privée est le symbole de la F1 d’aujourd’hui.

Des artisans à la poursuite du moteur usine

Après la décennie des années 70 permettant à de petite équipe de devenir client, puis constructeur indépendant. La définition d’un constructeur privé était de disposer de moteur Cosworth préparé par un indépendant et non l’usine. Lorsque l’équipe Brabham de Bernie Ecclestone signa en 1975 avec Alfa Roméo, une nouvelle ère s’ouvrait progressivement sur ce qui allait devenir les années 80 et 90. La marque italienne fournissait son Flat 12 gratuitement et garantissait une partie du budget de l’équipe.

Après l’ère des voitures à effets de sol, le moteur Turbo va permettre aux constructeurs automobiles d’investir le paddock. Pour une équipe privée, disposer du concours d’un constructeur était le graal permettant la sainte trinité : argent, performance, visibilité. Williams a signé avec Honda pour rivaliser avec McLaren Tag Porsche en 1983, puis avec Renault sur la même approche.

Les équipes privées sont à cette époque des teams disposant de motorisation clientes ou un bloc Ford Cosworth V8 HB à partir des années 90.

Du moteur usine au statut d’équipe privée financière

Avoir le soutien d’un constructeur pour disposer d’un moteur performant avait permis à de petites équipes d’espérer évoluer au classement. Dans le dernier numéro de Champion Magazine (actuellement en  kiosque), un très intéressant retour sur les débuts de l’équipe Jordan est l’illustration majeure de cette évolution. Née en 1991 avec un moteur V8 HB et 8 millions d’euros (d’aujourd’hui) de budget, sa dette était de 7 millions à l’issus de la saison et il avait fallu à Eddie Jordan étaler la dette sur trois saisons. En 1992, Jordan signe avec Yamaha qui débourse l’équivalent de 3,7 millions d’euros dans le budget et le pétrolier SASOL remplace avantageusement 7up sur les voitures irlandaises contre l’équivalent de 15,5 millions de dollars d’aujourd’hui. En 1993 et 1994 le moteur V10 Hart va permettre d’assurer des performances, avant que Jordan ne signe avec Peugeot en 1995 et franchir enfin un cap. Le moteur était usine et l’impact psychologique fort pour l’ensemble de l’équipe qui a pu grandir (soufflerie en 1996, un personnel passant de 50 à 100 personnes entre 1995 et 1997).

Cette période allait progressivement laisser place à une autre ère. en 1997, l’équipe Stewart GP avait été construite de toute pièce avec le soutien du constructeur américain FORD. Mercedes-Benz s’impliquait plus dans McLaren que ne le faisait Renault envers Williams par exemple entre 1992 et 1997. Les constructeurs automobiles allaient investir le paddock et l’argent n’allait plus être un problème. Ainsi par définition, un constructeur privé était désormais une équipe ne disposant pas du soutien d’un constructeur automobile (capitalistiquement parlant).

Enfin, après une dérive sans fin des budgets au milieu des années 2000, les constructeurs ont quitté un par un la discipline en 2009, emporté par la crise économique qui avait submergé le monde.  Il était désormais facile de disposer d’un moteur d’un constructeur automobile, ainsi que son soutien (voir Red Bull et Lotus avec Renault entre 2010 et 2014). Désormais la différence est budgétaire. Un constructeur automobile ayant une équipe de Formule 1 investira 250 millions d’euros de plus qu’un constructeur privé comme Williams ou Force India qui sont simplement des partenaires/clients de l’unité moteur.

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Ron Dennis, l’autre histoire

Ron DennisLa deuxième chute de Ron Dennis après celle de 2008, faisant suite au SpyGate, ayant déjà écorné l’image d’un homme qui a construit un empire à partir d’une équipe de Formule 1, en ayant une vision différente. Un exemple pour beaucoup, mais un côté obscure aussi.

Après l’épisode Rondel et son projet de F1 avorté, en 1974, Ron Dennis lance Project Three et enfin Project Four avec  le soutien de Marlboro. L’idée était essentiellement marketing et non sportive, car l’objectif était d’aider la marque de tabac sur les marchés d’Amérique du Sud. Dennis obtiendra 10 millions de dollars d’aujourd’hui, soit 2 millions de dollars de l’époque pour financer son équipe. A la fin des années 70, le patron de BMW Motorsport, Jochen Neerpash souhaitait donner une vie au programme M1 qui était un échec commercial. Le programme Procar est lancé avec le concours de Bernie Ecclestone, qui aimait bien l’idée d’avoir une course de voiture de sport avant les Grand Prix. Dennis, ayant une bonne réputation,  reçoit une commande de 20 voitures (les 20 autres étant construites par Lamborghini en compensation de l’industrialisation ratée de la M1). Dennis embauche des mécaniciens. Finalement BMW a découvert que Lamborghini n’avait réalisé qu’un seul exemplaire. C’est ainsi que le constructeur allemand a dû payer le prix fort pour que Project Four réalise les 19 modèles restant à construire. Avec ce contrat, Ron Dennis avait gagné assez d’argent pour lancer un projet de Formule 1. Il embaucha John Barnard en le payant 20.000 livres pour une année de contrat de l’époque et lui accorder un pourcentage de Project Four (comme l’avait fait Frank Williams avec Patrick Head en 1978).

La future voiture conçue par John Barnard quasiment prête, Dennis est allé rencontrer John Hogan pour lui demander de financer son projet de Formule 1 en carbone, dont les voitures devaient être nommées les Marlboro Project Four (MP4). A l’époque, John Hogan, l’influent directeur commercial de Philip Morris, avait rejeté l’idée, car le groupe tabac investissait beaucoup dans l’équipe McLaren. Hogan avait d’ailleurs donné son accord pour que Teddy Mayer, le patron de McLaren de l’époque, propose des salaires importants pour embaucher Ronnie Peterson (en vain) et Gilles Villeneuve (en vain aussi) entre 1979 et 1980. Alors Dennis a lancé, comme un défi : Racheter McLaren.

Dennis ne visait pas les voitures, ni l’usine, mais les moteurs Cosworth, la boite de vitesse et le parrainage de Marlboro. Hogan séduit par l’idée, propose de financer Dennis pour prendre 50% du capital de l’équipe. En Septembre 1980 à 33 ans, Dennis devient patron d’une équipe F1 contre une opération globale de 3 millions de dollars de l’époque.

Après le départ fin 1982 de Teddy Mayer  et la reprise de 100% du contrôle de McLaren avec l’argent de Marlboro, il fallait rembourser une dette. La marque de Tabac avait permis à Ron Dennis d’être propriétaire, mais ce dernier ne souhaitait pas être tributaire des décisions de John Hogan. Ainsi Dennis va rencontrer Akram Ojjeh, alors sponsor de Williams F1. Il va proposer à l’homme d’affaire arabe un deal qu’il ne pouvait refuser : Céder 60% du capital de l’équipe McLaren et le financement pour 5 millions de dollars de l’époque d’un moteur turbo construit par Porsche. L’accord McLaren-TAG est né.

Le début de la mutation d’équipe de F1 en entreprise pour McLaren et le projet avec Honda.

Après la glorieuse année 1988 ou il a imposé un modèle d’organisation qui inspirera ses rivaux pour une décennie, Ron Dennis décide qu’il était temps d’évoluer. Il embauche en 1989, Martin Whitmarsh comme second. L’homme ne vient pas de la course, mais de BAe (British Aerospace) et ce dernier débute une ère nouvelle : Il faut recruter à l’extérieur pour continuer la domination de McLaren. Cette décision sera catastrophique. Les acteurs ayant participés aux succès de l’équipe depuis 1984 sont partis les uns après les autres et les éléments extérieurs n’ont jamais réussis à obtenir les succès de leur prédécesseur.

Cette décision et celle d’avoir confiance en son staff technique durant les années sombres du milieu des années 90 vont contribuer à un retour en arrière avec l’arrivée d’Adrian Newey. Le plan de domination de Dennis avec Mercedes-Benz s’esquissait. Ce sera une profonde déception.

Ainsi, pour la seconde fois, au lieu de revenir en arrière (conforté par l’arrivée de Newey et la déception du plan), l’homme va encore une fois de l’avant et impose un nouveau modèle de management au milieu des années 2000. L’idée était de renouveler une partie des effectifs du bureau d’études pour maintenir la compétitivité constante et donc la pression du résultat. Est-ce que cette décision allait avoir pour conséquence le  SpyGate quelques années plus tard ? Personne ne le saura réellement. Mais Martin Whitmarsh, une fois à la tête de l’équipe F1 va continuer sa doctrine des années 90 (injecter des éléments extérieurs à la culture McLaren), comme seule arme de stabilité avant de retrouver les résultats.

Le retour de Ron Dennis en 2014 s’accompagnait d’un plan essentiellement économique. La financiarisation de la F1 étant passé par là depuis le départ des constructeurs fin 2009. Trois saisons plus tard, aucun dossier (sponsoring principal, investisseurs nouveaux, résultats sportifs probants) et l’homme doit logiquement quitter ses fonctions de PDG d’un ensemble qu’il avait crée.

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Petronas et Mercedes AMG F1

Mercedes W07Les rumeurs autour de l’avenir du Pétrolier malaisien Petronas parcours les allées du paddock depuis le dernier GP de Malaisie. L’Etat Malais souhaite redéfinir son investissement global sur la Formule 1. Cela passe par le Grand Prix bien entendu, mais également sur l’implication financière de son sponsoring avec Mercedes.

Depuis 10 ans, la méthode est toujours la même. Petronas étant un sponsor financièrement convoité, une menace de sa part et tout est mis en ordre de marche. La dernière fois que cela était arrivé c’était en 2010, lorsque la rumeur indiquait que le pétrolier allait aussi soutenir la jeune équipe Lotus Racing de Tony Fernandes et répartir son investissement en deux. Un bruit pour influencer des négociations qui ont toujours le même discours : l’augmentation de budget.

En effet, le succès aidant, les dirigeants de Mercedes AMG F1 redoute les lendemains qui chantent et souhaitent secrètement dominer la Formule 1 jusqu’en 2020. Wolff et Lauda redoutent sérieusement un retour de Red Bull, surtout avec le concours d’Exxon Mobil dès 2017 et l’émergence de Ferrari à terme. Souhaitant soutenir son entreprise, le maintien de l’investissement a été souhaité, tandis que pour Petronas une demande d’augmenter significativement son investissement a été indiquée à la direction de la société d’état. Refus logique.

C’est alors qu’a été distillée une petite information discrètement.  Le partenariat Petronas/Mercedes AMG F1 a bénéficié en 2015 d’une exposition médiatique de 835 millions d’euros (901 millions de dollars). Ce qui est aussi intéressant est que, officiellement c’est la première fois qu’un pétrolier dévoile ses chiffres pour justifier sa participation au championnat de F1.

L’exposition médiatique de Petronas a augmenté de 400% entre 2012 et 2015. Elle était ainsi de 200 millions d’euros entre 2010 et 2012. A comparer avec, selon le BusinessBookGP, un investissement annuel de 40 millions d’euros par année.

La communication de Petronas est aussi intéressante car elle relève un détail de la prochaine négociation avec Mercedes : « L’idée que nous payons pour mettre notre autocollant sur la voiture est très mauvais. La course est avant tout un problème d’efficacité et Petronas est le partenaire technique qui fournit les lubrifiants pour les voitures qui ont remporté des courses. » À déclaré Wan Zulkiflee, le porte parole de Petronas.

Ce qui signifie que non Petronas n’augmentera pas sa participation financière, mais sa participation technique, car pour le pétrolier la Formule 1 sert à renforcer sa présence de marque en plus d’améliorer son savoir-faire technique.

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L’impact technique d’Infiniti sur Renault Sport F1 en 2017

Renault RS16 Infiniti Brazil GP F1Pour la saison 2016, l’investissement de la marque Infiniti a largement évolué. Passant de sponsor à partenaire de grande ampleur.

En 2015, l’investissement de la marque premium nippone était estimé par le BusinessBookGP à 41 millions d’euros. En réalité 27 millions d’euros de sponsoring et 15 millions d’apport technique (ou compensation financière à l’apport technique). Dans le détail, Infiniti devait trouver un sponsor secondaire à Red Bull Racing et participer au développement hybride de l’unité moteur.  Avec le recul, rien de tout cela n’a été réalisé et les responsables de la marque premium on décidé d’anticiper l’arrêt de leur contrat (qui devait expirer en 2016) afin de redéfinir leur projet.

Entre 2010 et 2015, l’exposition d’Inifini a été importante (1 milliard d’euros de retombée médiatique), mais sa crédibilité technique était encore à prouver. De son côté Renault souffrait d’une faible exposition médiatique, comme fournisseur moteur, mais d’une compétence technique importante. L’union faisant la force, dans un groupe automobile misant sur les synergies, la logique était entendue.

En cela, l’investissement d’Infiniti a été réévalué selon le BusinessBookGP à 10 millions d’euros de sponsoring et 15 millions de partenariat technique pour 2016. L’an prochain la somme sera triplée (selon nos estimations) et essentiellement concentrée sur l’aspect technique. Le développement hybride étant la priorité, l’accord entre les deux parties indiquent que les ingénieurs travaillant pour la F1 seront transférés dans le département R&D de Infiniti.  Cette démarche permettra de répartir l’investissement moteur de Renault entre les partenaires de façon astucieuse.

En 2017, 50% du budget de l’équipe française sera consacré au moteur. Avec la nouvelle organisation qui se dessine cette saison, Renault Sport se concentrera sur le bloc moteur et le turbo, Infiniti sur la partie hybride.

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GP Brésil 2016 – Paddock Confidences

Lewis Hamilton GP Brésil 2016 hommage Ayrton Senna F1L’avenir de Wehrlein 
L’annonce d’Esteban Occon chez Force India a été une surprise, tant il semblait évident que c’était Pascal Wehrlein qui devait remplacer Nico Hulkenberg dans l’équipe indienne. Cela n’a pas été le cas et le jeune pilote allemand n’a pas vraiment compris la situation et l’a exprimé dans le paddock d’Interlagos.  La raison du choix d’Occon soit son caractère affable et ses commentaires techniques appréciés. Mais il semblerait que la raison soit ailleurs…

Adieux Petrobras ? 
Le pétrolier brésilien quittera vraisemblablement Williams en fin de saison, profitant du départ de Felipe Massa. L’intérêt technique serait fortement réduit (Petrobras devait produire son propre carburant du moteur Mercedes pour le compte de Williams cette saison et au-delà) et les problèmes politiques dont souffre l’entreprise publique depuis 18 mois rendront le retrait plus sage.

l’argent de FIAT chez Ferrari
Très déçu par l’utilisation de l’argent du constructeur italien pour la saison 2016 de la Scuderia Ferrari, Sergio Marchionne a laissé entendre que le groupe FCA investira plus en 2017 et jusqu’en 2019, mais en échange d’un contrôle des dépenses et d’investissements plus rigoureux. Traduction : la main mise de FIAT sur Ferrari sera encore plus grande en 2017.

Nasr et Ericsson chez Sauber en 2017 ? 
Le nombre de place se réduisant, Felipe Nasr et Marcus Ericsson envisagent sérieusement de continuer l’aventure avec Sauber…par défaut. Nous entendons que Ericsson est un déçu des négociations avec Renault (en replacement de Palmer) et que Nasr n’a pas convaincu Haas. Une prolongation chez Sauber devrait toutefois s’accompagner d’une hausse de commandites.

Formule E et Ferrari
Alors que Audi, Mercedes-Benz et BMW visent la Formule E à la fin de la décennie. Ferrari ne compte pas participer à ce championnat, enfin pour Maurizzio Arrivabene, car du côté de Sergio Marchionne « ce serait possible. » L’illustration des contradictions de la Scuderia Ferrari en 2016.

Tension médiatique entre Mercedes et Red Bull
Intéressante joute verbale entre Toto Wolff et Helmut Marko concernant la gestion du pilote Max Verstappen et plus largement de la gestion des pilotes dans une équipe. Une joute n’ayant aucun intérêt notable, mais qui est intéressante, car elle met Mercedes et Red Bull à égalité et force la marque à l’étoile a redescendre de son trône.

 

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Note du Mardi – Les 100 jours de promotion de Ross Brawn

Note du mardiCette semaine est incontestablement la semaine Ross Brawn. Pas une journée sans lire une information sur l’ingénieur anglais. Une jolie promotion du livre qu’il va publier dans les prochains jours avec Adam Parr.

Total Competition, Lessons in strategy from Formula One, qui est disponible depuis le 3 Novembre est déjà le best seller Amazon dans la catégorie Formula One.  Un livre confession où Ross Brawn délivre sa vision et son expérience de la discipline qu’il connait depuis près de 40 ans (il a débuté en 1976 avec Wolf Racing). L’occasion de faire une promotion maligne auprès des médias F1, perpétuellement en quête de déclarations chocs et augmenter la visibilité du livre, au point d’aller même très loin la semaine dernière !

Entre les déclarations tirées du livre (sur le management de Mercedes AMG F1 et la Scuderia Ferrari par exemple), c’est sa longue interview au Daily Telegraph qui sera un modèle du genre. Une seule phrase a été retenue d’un entretien des plus banales d’ailleurs : le fait que Ross Brawn souhaite s’investir en Formule 1, mais plus dans le cadre d’un projet d’équipe. Il n’en fallait pas plus pour lancer la machine à rumeur. 48h plus tard, Auto Bild annonce que Brawn a signé un accord avec Liberty Media et sous entend qu’il pourrait remplacer Bernie Ecclestone. D’autres médias, moins délicat, affirmaient directement que Brawn allait prendre le pouvoir. Puis en début de semaine, les analyses ont indiqué que chacun pourrait avec un rôle à jouer. Finalement, à la BBC, Ross Brawn indique que tout cela était faux et qu’il avait uniquement signé un contrat comme consultant avec Liberty Media, pour les guider.  Le démenti aura mis 5 jours à venir tout de même…

Le coup de communication est astucieux et a fonctionné à merveille pour vendre son livre. L’image légitime de Ross Brawn (surtout avec son rôle de consultant auprès de Liberty monté en épingle dans les médias), renforce l’utilité du contenu du livre actuellement en vente.

En cela, Ross Brawn est dans l’aspiration de ce que Gerhard Berger avait fait durant quelques mois, lorsqu’il avait été intronisé comme intermédiaire pour renouveler le contrat de Nico Rosberg avec Mercedes AMG F1. L’autrichien donnait son avis dans les médias, faisait des OFF pour la presse allemande sur les prétentions de Rosberg,  pour aujourd’hui disparaître des radars, une fois que son client (Nico Rosberg) a signé son nouveau contrat. Tout est uniquement une affaire de promotion sur un laps de temps de trois mois (90 à 100 jours) qui fera école.

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